Dans de nombreux jardins, le rideau dense et sombre des haies de thuyas se déchire et tourne au brun. Ce que beaucoup pensaient immuable depuis les années 80 s’effrite sous nos yeux. Si vous avez un mur de thuya, cet article explique pourquoi il faut agir vite — et comment le remplacer intelligemment.
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Pourquoi le thuya s’effondre
Le thuya a longtemps séduit par sa croissance rapide et son feuillage persistant. Aujourd’hui, une combinaison de facteurs le fragilise. Le climat est plus sec. Les sols sont épuisés après des décennies de monoculture. Les racines du thuya restent très superficielles. Elles ne descendent pas assez profond pour trouver l’eau en période de sécheresse.
Des études relayées par l’ANSES montrent que le thuya peut consommer jusqu’à 60 % d’eau en plus qu’une haie composée d’essences locales. Autrement dit, ces murs verts pompent beaucoup d’eau, au détriment du reste du jardin.
Le rôle du bupreste du thuya et le cercle vicieux
Quand le sol se dessèche, les thuyas s’affaiblissent. Ils émettent alors des composés attirant un coléoptère ravageur, le bupreste du thuya. Les larves creusent des galeries sous l’écorce et coupent les vaisseaux qui transportent la sève. L’arbre meurt de l’intérieur.
La DRAAF considère les sujets gravement attaqués comme condamnés, car il n’existe pas de traitement fiable contre les larves cachées dans le bois. Laisser une haie malade, c’est entretenir un foyer de contamination pour les thuyas voisins et d’autres conifères.
Signes qui montrent qu’il est temps d’arracher
Observez la haie. Certains signes ne trompent pas :
- feuillage qui brunît de l’intérieur vers l’extérieur ;
- rameaux secs recouverts d’écailles marron ;
- galeries visibles sous l’écorce ;
- absence totale de repousse sur le vieux bois.
Les spécialistes rappellent que le thuya ne reperce pas le vieux bois. Si le coeur est mort, la haie ne retrouvera pas son volume d’origine.
Quand arracher et comment procéder en sécurité
Avant toute intervention, renseignez-vous auprès de votre mairie. De nombreuses communes limitent ou interdisent désormais le thuya dans leur Plan local d’urbanisme. Certaines intercommunalités prennent en charge une partie du coût d’arrachage — jusqu’à 40–50 % des frais, selon les cas.
Évitez d’arracher entre la mi-mars et la fin juillet. C’est la période de nidification et l’Office français de la biodiversité recommande de ne pas déranger les oiseaux.
Lors de l’arrachage, retirez aussi les souches pour limiter le risque de réapparition et pour assainir le sol. Après le retrait, aérez la terre et enrichissez-la avec du compost bien mûr avant toute replantation.
Par quoi remplacer une haie de thuya?
Les paysagistes et agronomes conseillent aujourd’hui la haie mixte ou la haie champêtre. Elles consomment moins d’eau, accueillent la biodiversité et offrent une meilleure résistance aux épisodes caniculaires.
Espèces recommandées : laurier‑tin, photinia, troène, charme, noisetier, cornouiller, aubépine et des graminées comme le miscanthus. Une haie diversifiée fournit nourriture et abri aux oiseaux et aux insectes utiles.
Pour calculer les plants : pour 10 mètres de haie, prévoyez environ 30 à 50 plants selon l’espacement désiré (entre 30 et 100 cm). Un espacement serré donne un effet brise‑vue rapide. Un espacement plus large laisse de la place pour la biodiversité.
Concrètement, une haie mixte bien conduite peut retenir jusqu’à 30 % d’humidité du sol en plus qu’un mur de thuyas pendant une canicule. C’est une protection précieuse pour l’ensemble du jardin.
Que faire maintenant ?
Commencez par inspecter votre haie. Si vous voyez plusieurs signes d’alerte, contactez un professionnel ou vos services municipaux pour évaluer l’état sanitaire. Renseignez-vous sur les aides locales avant de lancer les travaux.
Planifiez la replantation après avoir amendé le sol. Choisissez des espèces locales et diversifiées. Vous gagnerez en résilience, en biodiversité et en tranquillité d’esprit.
Le temps du thuya massif touche à sa fin. Remplacer ces murs verts par des haies variées, moins gourmandes en eau, est aujourd’hui une décision écologique et pragmatique. Si vous attendez trop, le problème se propagera et le coût sera plus élevé. Agissez dès que possible pour sauver votre jardin.


